Fiscalité canadienne / Conformité offshore • 7 min de lecture

Le piège FAPI : Pourquoi les résidents canadiens ne peuvent pas échapper à l'impôt via l'offshore

Publié le 4 mai 2026 par Benjamin Ortais

Vous êtes un résident fiscal canadien. Quelqu'un vous a conseillé de créer une société offshore à Dubaï, Hong Kong ou aux BVI pour abriter vos revenus de l'ARC. Ils ignorent soit la législation fiscale canadienne, soit vous induisent délibérément en erreur. Le Canada possède l'un des cadres anti-évitement les plus complets au monde, dont le pilier est le RPEA - Revenu Passif Étranger Accumulé.

Cet article explique exactement comment fonctionne le RPEA, quand il s'applique, quelles obligations de déclaration il crée, et quelles sont vos options réalistes.

Qu'est-ce que le RPEA

Revenu Passif Étranger Accumulé (RPEA) est un ensemble de règles en vertu de la Loi de l'impôt sur le revenu du Canada qui attribue certains types de revenus gagnés par une société étrangère à ses actionnaires canadiens, quels que soient les revenus effectivement distribués. Le RPEA est évalué sur une base d'accumulation : vous êtes imposé sur le revenu l'année où il est gagné par la société étrangère, et non lorsque vous recevez un dividende.

Quand le RPEA s'applique

Le RPEA s'applique lorsque TOUTES les conditions suivantes sont remplies :

  1. Vous êtes un résident fiscal canadien (individu ou société)
  2. Vous détenez directement ou indirectement 10 % ou plus d'une société étrangère (ce qui en fait une "Filiale Étrangère")
  3. Un groupe de 5 Canadiens ou moins contrôle la société étrangère (ce qui en fait une "Filiale Étrangère Contrôlée" ou FEC)
  4. La FEC génère des revenus qui se qualifient de "RPEA" (revenus d'investissement, revenus passifs ou revenus de certaines entreprises non actives)

Quels revenus se qualifient de RPEA

Type de revenuRPEA ?Explication
Revenus d'intérêtsOuiPresque toujours RPEA
Revenus de redevancesOuiRevenus de licence de propriété intellectuelle sont RPEA
Gains en capital sur investissementsOuiGains de trading, gains de portefeuille
Revenus locatifs (passifs)OuiSauf si provenant d'une entreprise immobilière active avec 5+ employés
Partage de revenus d'un courtier (IB)Probablement ouiL'ARC peut classer comme revenu d'entreprise d'investissement
Revenus d'entreprise active (opérations réelles)NonMAIS seulement si la FEC a 6+ employés à temps plein dans le pays étranger
Revenus de services effectués au CanadaOuiMême si facturés par une société étrangère

L'exception "Entreprise Active"

La seule façon d'éviter le RPEA est que les revenus de la société étrangère se qualifient de revenus d'entreprise active. Cela nécessite :

  • La FEC doit exercer une entreprise active
  • L'entreprise doit avoir une substance économique réelle dans la juridiction étrangère
  • Les directives de l'ARC suggèrent 6 employés à temps plein ou plus comme minimum pour la substance
  • Les services doivent être effectués par des employés DANS la juridiction étrangère (pas à distance depuis le Canada)

Pour la plupart des petites entreprises avec 1-3 partenaires, atteindre ce seuil est économiquement non viable. Vous devriez embaucher 6+ personnes à Hong Kong ou Dubaï juste pour éviter le RPEA. Le coût de ces employés (200k+ $/an) dépasse généralement les économies fiscales.

Comment le RPEA est imposé

Attribution du RPEA
Filiale Étrangère Contrôlée (FEC) Offshore
Gagne 100 000 $ en partage de revenus. Classé comme RPEA (revenu passif/investissement).
← Revenus du courtier/clients
RPEA attribué automatiquement
Actionnaire Canadien (33,3 % de propriété) Personnel
  • RPEA attribué : 33 333 $ (part proportionnelle)
  • Ajouté au revenu canadien l'année où il est gagné
  • Imposé même si AUCUN argent n'a été distribué par la FEC
Les taux d'imposition canadiens s'appliquent
Facture Fiscale Dûe Immédiatement
  • Impôt fédéral : ~11 000 $ (33 % marginal)
  • Impôt provincial (Québec) : ~8 580 $ (25,75 %)
Impôt total : ~19 580 $ sur 33 333 $ de revenu attribué. Dû même si aucune distribution reçue. Si la FEC distribue plus tard un dividende, une déduction peut s'appliquer pour éviter la double imposition, mais l'impact sur la trésorerie est réel.

Obligations de déclaration

FormulaireQuand requisPénalité pour non-dépôt
T1134Annuel. Déposé avec votre déclaration de revenus. Déclare la propriété de filiales étrangères.500 $/mois jusqu'à 12 000 $, plus 5 % du coût de la propriété étrangère
T1135Annuel. Si la propriété étrangère dépasse 100 000 $ CAD.25 $/jour jusqu'à 2 500 $, plus pénalités pour négligence grave
T106Annuel. Déclare les transactions non liées avec des non-résidents.500 $/mois jusqu'à 12 000 $
Déclaration de revenusAnnuel. Doit inclure le RPEA dans le revenu.Pénalités standard pour dépôt tardif + intérêts

Ce qui ne fonctionne PAS

StratégiePourquoi elle échoue
Utiliser un prête-nom pour détenir des actions en dessous de 10 %L'ARC regarde à travers les prête-noms. Le contrôle de facto est attribué au véritable propriétaire.
Interposer une fiducie ou une fondationLes bénéficiaires de fiducie résidents canadiens sont toujours imposés sur le RPEA.
Prétendre que la société est une "entreprise active"Sans 6+ employés dans la juridiction étrangère, l'ARC contestera.
Ne pas déclarer la filiale étrangèreLe CRS et l'échange de traités révéleront la structure. Les pénalités pour non-divulgation sont sévères.
Déménager la société dans un pays de traitéLes traités ne supplantent pas le RPEA. Le RPEA est une législation nationale qui s'applique indépendamment des traités.

Ce qui fonctionne réellement

Option 1 : Accepter le RPEA et planifier autour de lui

Si la part du partenaire canadien dans le RPEA est gérable (par exemple, 30-50k $/an), il peut être plus pratique de simplement payer l'impôt et éviter la complexité de la restructuration. Le coût de la conformité (CPA + T1134 + T1135) est d'environ 2 000-4 000 $ CAD/an.

Option 2 : Le partenaire canadien émigre

La seule façon d'éliminer définitivement l'exposition au RPEA est que l'actionnaire canadien cesse d'être un résident fiscal canadien. Cela signifie :

  • Rompre les liens résidentiels avec le Canada (vendre ou louer la maison, annuler l'assurance santé, fermer les comptes bancaires canadiens, déménager la famille)
  • Établir la résidence dans une autre juridiction
  • Déposer une déclaration de départ auprès de l'ARC
  • Gérer la disposition réputée (impôt de sortie) au départ

L'émigration est l'option nucléaire. Elle fonctionne, mais elle est irréversible à court terme et a des implications personnelles et financières significatives.

Option 3 : Restructurer la propriété pour réduire l'attribution du RPEA

Si la propriété du partenaire canadien est réduite en dessous de 10 % (genuinely, pas par des prête-noms), les règles de la FEC peuvent ne pas s'appliquer. Cependant, si un groupe lié de Canadiens contrôle collectivement la société, les règles s'appliquent toujours à chaque Canadien avec une propriété de 1 % ou plus.

La conclusion clé

"Les règles du RPEA du Canada sont parmi les plus agressives au monde. Elles ont été conçues spécifiquement pour empêcher les résidents canadiens d'abriter des revenus dans des sociétés offshore. Il n'existe pas de structure astucieuse qui défie le RPEA tout en restant conforme. La seule véritable solution est soit de payer l'impôt, soit de quitter le Canada."

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